Une tribune de l'ancien Président d'Hippocampe
Par Moi le mardi 4 décembre 2007, 21:02 - A Lyon - Lien permanent
Le Cartel des droites ou la défaite morale de Dominique Perben
"M. Perben, en s'alliant avec Patrick Louis et les villiéristes lyonnais, ouvre les portes de la gestion municipale à une droite dure, radicale voire extrême. Et pour cela, il ne craint pas de s'achopper à plus d'un paradoxe. En effet, il veut rassurer sur sa stratégie d'union des droites,"sans discussions avec Bruno Gollnisch". Et dans le même temps, il agrège à son équipe de campagne une formation politique, le MPF, devenu depuis quelques années le bureau de reclassement bienveillant des lepéno-mégrétistes en goguette. A l'image du porte-parole national du MPF, Guillaume Peltier, qui a fourbi ses premières armes au Front National des Jeunes ; ou encore de Jacques Bompard, maire MPF d'Orange et ancien leader frontiste.
Le phénomène n'a d'ailleurs pas épargné l'agglomération lyonnaise, le MPF n'hésitant pas à investir pour les dernières législatives des candidats ayant écumé ces dernières années toutes les officines de la droite extrême, à l'instar de Michèle Morel et Max Perret. Le MPF dissimule à peine ses affinités électives avec l'extrême droite, à telle enseigne d'ailleurs que Patrick Louis n'a pas rechigné à se rendre le 13 mai 2006 à une causerie de l'AGRIF – association satellite du F.N. dont l'objet social, la « lutte contre le racisme antifrançais et antichrétien », dénote une vision très étriquée de la lutte contre le racisme – pour y retrouver Bruno Gollnisch et Bruno Mégret afin de discuter de l'opportunité d'une candidature unique de la droite dite « nationale » pour les présidentielles de 2007.Et Patrick Louis de rejeter cette « union patriotique », non pas sur des questions de valeurs mais sur des questions d'opportunité électorale, au motif qu'une telle démarche ne serait pas pertinente « tant qu'elle ne saura rassembler les quelques 40 % de Français (…) partisans de la défense de la nation et des idées nationales ».
Mais le villiérisme repose sur une radicalité programmatique qui n'a rien à envier à celle du F.N. Paranoïaque de « l'islamisation de la France » et allergique au multiculturalisme, le MPF, y compris par la voix de son leader lyonnais, a pris des positions sociétales qui devraient heurter plus d'une sensibilité un tant soit peu républicaine : organisation d'un référendum sur la question du rétablissement de la peine de mort « pour les crimes odieux », « immigration zéro et francisation », reconnaissance de l'identité chrétiennes de l'Europe, libération de l'Histoire de tous les « diktats » - ce qui devrait ravir Bruno Gollnisch , inscription dans la Constitution du caractère « imprescriptible du mariage hétérosexuel ». Sur ce sujet d'ailleurs, Patrick Louis ne répugne pas à s'inquiéter de la « mise à l'écart par l'UMP » (sic !) du « courageux » député Christian Vanneste, condamné pour injure homophobe sur le fondement d'un projet de loi déposé, ironie du sort, par Dominique Perben. Le leader du MPF à Lyon, qui revendique avoir fait « une alliance de projet » pour « exercer des responsabilités » avec M. Perben n'hésite pas non plus à se répandre, sur les ondes de la très humaniste Radio Courtoisie pour expliquer, sans rougir du mimétisme avec le F.N., que « le système UMPS (…) brade l'institution familiale ». La laïcité chevillée au corps, Patrick Louis a même proposé au Parlement Européen en 2005 l'interdiction de l'euthanasie et de l'avortement sur le fondement, visé en référence parmi des textes de droit, d'une encyclique du Pape. Patrick Louis apporte d'ailleurs régulièrement son soutien aux manifestations « anti-avortement », comme lors de la 16ème Marche de la vie organisée le 14 octobre 2006 par les réseaux lefebvristes de Renaissance Catholique, pour lesquels la légalisation de l'avortement a été « pire que la Shoah ». Simone Veil appréciera. Au surplus, les listes de Dominique Perben constitueront à l'évidence un biotope agréable à l'expression de ces dynamiques. En effet, sans doute inspiré par son projet de « plan anti-solitude », l'ancien garde des Sceaux a décidé d'épauler ses soutiens villiéristes en intégrant à ses listes un tiers de candidats millonnistes. Ceux-là mêmes qui ne renâclèrent pas en 1998 à l'idée de s'en remettre au F.N. pour la politique culturelle et sociale de la région Rhône-Alpes. Des millonistes qui « ne sont pas des extrémistes » pour M. Perben mais qui néanmoins ont des boutons à l'idée de voter l'adhésion de la ville de Lyon à la Charte Européenne des Droits de l'Homme dans la ville ou des subventions en faveur de la LICRA, d'Hippocampe et de la Ligue des Droits de l'Homme ; qui, sur les pas des défenseurs de l'Ordre moral, sont obsédés par «les projets corrupteurs et mortifères de dilution du mariage » (Denis Broliquier). La réunification des droites lyonnaises pose un véritable problème de déontologie politique car elle engage M. Perben sur un programme commun avec des forces politiques qui défient, à bien des égards, le socle des valeurs républicaines. Franchir cette ligne brune conduirait à une banalisation inacceptable des poncifs de la droite ultra. Pour mémoire, l'histoire de l'Université Jean Moulin Lyon 3 a démontré que la connivence à peine tacite entre droite et extrême droite était une impasse morale et éthique".
Stéphane Nivet, ancien Président de l'association Hippocampe